Face à la fin du support de Windows 10 et à la pénurie de composants, les collectivités sont-elles condamnées à racheter en masse leur parc informatique, et comment concilier cette contrainte avec les obligations des lois AGEC et REEN ?
Pas nécessairement, et l'expérience de la Métropole de Montpellier le démontre concrètement. Plutôt que de céder au réflexe du "tout-remplacer" face à l'échéance du 14 octobre 2025, la collectivité a choisi de mesurer, poste par poste, ce qui pouvait réellement être conservé. Résultat: sur 7 500 postes suivis, 2 000 ont vu leur durée de vie prolongée de deux ans supplémentaires, sans transiger sur la sécurité ni la performance.
La clé de cette bascule tient à un changement de méthode plutôt qu'à un simple ajustement budgétaire. Un calendrier de renouvellement uniforme, fondé sur l'âge des machines, cède la place à une décision poste par poste, fondée sur des données réelles. Concrètement, un agent logiciel, développé par la startup montpelliéraine Sobrii, et déployé via les outils standard de la DSI, remonte en continu l'état de santé des composants, la consommation électrique et les signaux faibles d'obsolescence. Un même ordinateur utilisé pour du tableur ou pour de l'IA générative ne s'use pas de la même façon : c'est cette réalité d'usage, et non une moyenne statistique, qui guide désormais la décision de remplacer, conserver ou simplement mettre à niveau.
Cette approche répond directement, et non par contournement, aux obligations réglementaires : les lois AGEC et REEN poussent précisément vers l'allongement de la durée de vie des équipements et la réduction des déchets électroniques. Une gestion pilotée par l'état réel du parc produit des indicateurs objectifs, mobilisables devant une direction générale ou un contrôle, ce qui transforme une contrainte de conformité en argument de pilotage budgétaire. Trois bénéfices s'en dégagent : moins de remplacements prématurés, une meilleure allocation des licences logicielles(certaines s'avèrent installées mais jamais utilisées), et une maintenance anticipée avant la panne plutôt que subie.
Reste la question de la faisabilité organisationnelle. Le déploiement montpelliérain, passé d'un POC en juillet 2024 à 5 500 puis 7500 postes suivis, a été mené en interne par les équipes DSI, sans surcoût organisationnel majeur, via les outils de gestion de parc déjà en place. Le modèle économique, un abonnement par poste suivi, se prête à une clause de test avant généralisation. Et la démarche n'est plus isolée : la solution équipe désormais le bailleur social Hérault Logement, et son éditeur travaille avec l'ADEME Occitanie sur la sobriété numérique, signe qu'elle devient une pratique réplicable au sein d'autres structures publiques ou parapubliques.
